ÉCO ANXIÉTÉ & ÉCO CULPABILITÉ

Je me promène le long de l’Ardèche, une jolie rivière, douce et taquine.
Qui héberge dans ses bras des milliers d’êtres : poissons, algues, araignées, vers, etc.
Qui sert d’abreuvoir naturel à tant d’autres : depuis l’abeille, en passant par l’oiseau, jusqu’à l’arbre centenaire.
Qui sublime ses rochers, érodés, scintillant au soleil, aux rondeurs accueillantes.
Dont la stabilité et l’immobilité équilibrent et tempèrent les humeurs de l’eau.
Dont les recoins sont le refuge et l’habitat de nombreuses autres espèces encore.
Formidable équilibre. Formidable intelligence. Formidable écosystème.

Je m’émerveille, je me remplie, je respire, je profite.

Et je réalise.

Je réalise que, dans cette parfaite harmonie, la nature dans son immense générosité et son infinie patience, nous laisse (encore) de la place.

Par ses abords accessibles via de minuscules chemins, ses mini plages de sable, son eau tempérée, son courant raisonnable.
La nature permet et invite l’Homme à venir chez elle.
Elle l’accueille généreusement. L’enveloppe. Le cajole.

Une seconde.
Une seconde : le temps pour que quasi immédiatement mes pensées basculent.
Comme un retour de boomerang. Une remontée acide. Un retour de bâton.

À chaque fois que je m’émerveille, que je m’immerge, que je m’abandonne à la nature.
À chaque fois. Depuis plusieurs années, remonte de mes entrailles un malaise glacé.
Un sentiment tétanisant, qui s’empare mon âme et de mon cœur.

Une seconde pour que mes lunettes roses cèdent la place à mes lunettes mélancoliques.
Mon cœur serré et inquiet qui me souffle “profite, déguste, ça va peut-être disparaître à tout jamais”.

Et là.
Là, je suis submergée, instantanément, en un battement de cil, par une douleur terrible. Dans tout mon être.

Douleur de la Terre qui souffre en silence.

Blessure des règnes végétaux, minéraux et animaux qui assistent, patients, tolérants et sagement à nos inepties.
“ J’ai le mal de Terre”*. Mal à ma planète.
Tristesse d’en être spectateur.
Colère envers l’être humain.
Révolte envers ce gros bébé immature, pataud, égoïste, maladroit et inconscient qui détruit tout.
Dégoût de faire partie de ce genre. Nausée.
Culpabilité. Une culpabilité colossale de participer à mon échelle à cette tragédie sans nom, parce que simplement, je suis humaine. Simplement j’existe et je suis là.
Tristesse infinie de me sentir impuissante.
Peur. Peur pour Elle, pour nous.
Indignation de vivre à cette époque si compliquée.

Une seconde pour que les larmes coulent sur mes joues, presque à chaque fois.

Sauf que.
Si je reste dans cette énergie là. Dans ces émotions et ces pensées. Je me rallie à ces énormes champs énergétiques de peur. De fin de monde. De catastrophe.
Je les nourris, je les fais grossir, je leur donne du pouvoir.
Sauf que, si je reste dans cette état et que je lui laisse de la place, je plonge dans une peur abyssale, paralysante et destructrice.

Et alors, comment aider la Terre si je me laisse sombrer dans ces abysses?

Alors je laisse vivre ma peur quelques minutes, je la laisse s’exprimer à travers mes pleurs. Je la regarde, je la considère, je l’écoute.

Et puis je sèche mes larmes.
Je respire. Plusieurs fois.

Et je choisis de me brancher sur une autre fréquence. Celle de la Vie.Celle de l’Espoir.

Je renouvelle mon engagement, envers la Nature, de faire tout ce que je peux pour l’aider à mon échelle. Au quotidien.

Je ramasse la capsule de bière qui traîne sur le sable.
Et, je transite depuis la responsabilité bien trop pesante de porter le poids des conneries de l’être humain sur mes épaules, responsabilité terrassante et destructrice, à celle de faire de mon mieux.
A la responsabilité de mon échelle, de mes actions, petites et grandes, de mes engagements, de mes relations, de mes choix, de mon empreinte, pour aider, transformer, et surtout d’essayer d’être un exemple de ce qu’il est possible de faire pour impacter positivement chaque jour.

Je choisis la responsabilité d’augmenter mon niveau de conscience et de diminuer mon impact négatif.
Celle de me faire plus petite pour la Terre mais plus grande dans mon intégrité.

Je prends la responsabilité d’aller bien.
Parce que lorsque je suis bien je suis en capacité d’aider l’autre, d’avoir de l’énergie pour le sensibiliser, pour mener des actions qui bénéficient à la planète, à nous tous.
Parce que lorsque je vais bien, j’émane une énergie de joie, de paix, d’optimisme qui profite aux êtres que je croise, qu’ils soient de la nature ou humains. Que je les aide ainsi à ce brancher sur cette fréquence et que cette fréquence guérit, transforme et aide.

Je prends la responsabilité d’aller toujours plus profondément à ma rencontre. De prendre soin de moi.
Pour me nettoyer de ce que j’ai à nettoyer.
Pour incarner ce que j’ai à incarner.
Pour être à la place qui est la mienne et jouer du mieux possible mon rôle, dans cette période si spéciale qui est la nôtre.
Pour éclabousser le moins possibles les autres et la Terre de mes peurs, de mes blocages.
Parce que c’est ainsi que les synergies positives opèrent. Que les choses avancent.

Et tous les jours, j’essaye. Geste après geste.
Dans mes choix de consommation. Mon mode de vie.
De réduire mon impact, d’être alignée avec mes engagements écologiques, minimalistes, zéro déchets, éco responsables, etc.
De nombreux pas me font sortir de ma zone de confort. Me demandent une véritable rééducation. De l’énergie. Parfois du courage.

Chaque pas mis en place est une victoire.
Chaque geste quotidien en faveur de la planète est une immense joie.
Parce que derrière chaque geste il y a une intention.
Une intention de prendre soin de la planète.
Une intention d’amour.

Parce que chaque personne, qui fait un geste en faveur de la planète, aussi imparfait ou minime soit-il,  émet une intention d’amour envers elle.

Parce que chaque geste incarne une volonté de prendre soin, de demander pardon, de dire je t’aime.

Alors imaginez!
Que tous ensembles, en prenant notre gourde le matin, en choisissant une pêche d’un petit producteur local, en se mouchant dans du tissu, en recousant un t-shirt, en éteignant une lampe, en réparant un meuble, en ramassant un déchet dans la rue,etc. chaque jour, on émet des centaines de milliers d’intentions d’amour envers la planète.
Imaginez l’impact sous marin, silencieux et profond qu’ensemble dans l’énergie que nous propageons, nous avons au quotidien ?

Alors vous continuez avec moi ?

Vous qui culpabilisez à chaque fois que vous craquez pour un paquet de chips au supermarché, un bain chaud l’hiver, d’emprunter une voiture pour récupérer un meuble, de déballer votre tofu de son emballage plastique, oubliez votre gourde, profitez de quelques minutes de clim’.

Vous qui parfois, vous demandez sincèrement dans quelle mesure vous avez le droit d’éprouver de la joie et d’être heureux dans un tel contexte.

Que l’insouciance et l’inconscience ont déserté depuis longtemps.

Vous qui avez envie d’emplafonner ceux qui jettent leurs mégots par terre, qui laissent leurs canettes de sodas dégueulasse sur la plage, qui pensent qu’être végétarien c’est manger comme un lapin, qui laissent le chauffage allumé sous la fenêtre ouverte, qui se ruent sur les soldes dans des enseignes criminelles, qui préfèrent faire l’autruche et consciemment ne pas savoir et ne pas faire d’effort, qui n’ont pas envie de renoncer à leur petit confort.

Vous qui avez parfois honte d’être humain.

Qui vivez une sensation d’accablement, de désespoir profond, d’impuissance ou de rage violente face à l’inertie générale, aux oppositions, aux aberrations politiques, aux conflits absurdes autour de l’écologie.

Qui êtes dévastés rien qu’à la pensée de ce qui est.

N’oubliez pas que vous n’êtes pas seuls.

Qu’ “Un arbre qui tombe fait beaucoup plus de bruit qu’une forêt qui pousse”**.
Que vous faites partie d’une famille d’âmes bien plus grande que ce que vous le pensez.

Que vous n’êtes pas responsables de l’humanité entière.

Que dans l’immédiat vous ne pouvez vous préoccuper de ce sur quoi vous pouvez agir dans votre périmètre et dans votre quotidien et que c’est déjà énorme si vous le faites. Votre part de colibri.

Que vous êtes et que vous serez toujours un être imparfait, que même si vous jugez ce que vous faite comme beaucoup trop petit, qu’ “il n’y a pas de petit geste quand on est 60 millions à le faire “***.
Alors continuez d’essayer de faire mieux, de vous planter, de faire des écarts mais continuez.

N’oubliez pas que si vous lisez cet article c’est que vous avez déjà choisi de ne plus fermer les yeux.
Que vous êtes courageux.

Que devenir l’être libre, responsable, joyeux et heureux qui sommeille au fond de vous est le plus beau cadeau que vous puissiez faire à cette planète.

Que vous envoyez de l’amour à la planète à chaque geste responsable que vous tentez.

Parce qu’entretenir la lumière à l’extérieur, c’est entretenir sa lumière intérieure.

Caroline Durand

* Extrait de la sublime chanson”Le mal de Terre” de Kalune
** Proverbe africain
*** Slogan écologique

CONTACT US

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?